Villejuif tourne la page des prêts toxiques

Par à un vote à une quasi unanimité (1 abstention – 1 contre) le Conseil municipal du 21 mars à décidé d’accepter la proposition d’aide du Fonds de soutien.fonds-soutien-emprunts-risque

Alain LECAVELIER au nom du groupe des élus VillejuifNOTREville, à l’issue de la présentation faite par Philippe VIDAL, Adjoint aux finances, est intervenu sur le sujet :

« Monsieur Le Maire,

Mesdames et Messieurs les Élu(e)s,

Les prêts dits structurés sont des pièges redoutables. Signés au début des années 2000, ils offrent des taux ultra-compétitifs au départ, mais au prix d’un risque démesuré, leurs taux d’intérêt pouvant grimper en flèche à la moindre perturbation sur les marchés financiers.

Il y a débat sur l’opportunité de critiquer les décisions de prendre ces emprunts (plus que) toxiques : Il est vrai qu’il faut aller de l’avant, il n’est pas utile de ressasser les décisions du passé ; que l’on soit d’accord ou pas, ces décisions doivent être assumées collectivement: ce ne sont pas les personnes physiques en responsabilité qui ont contracté ces emprunts, c’est la ville de Villejuif. C’est à la ville de Villejuif de les assumer. Il faut aujourd’hui prendre les bonnes décisions pour l’avenir, conduire la ville dans la bonne direction, en partant de là où nous sommes, et, pour cela, il est rarement utile de regarder dans le rétroviseur.

Mais je vais reformuler les choses autrement pour montrer que regarder le passé peut nous être utile pour la décision de ce soir. Ce regard sur le passé n’a pas pour objectif de donner une leçon comme on gronde un enfant qui a fait une bêtise, il s’agit de prendre une décision éclairée, et quoi de mieux que l’expérience, fusse-t-elle douloureuse, pour éclairer nos décisions.

L’expérience est utile à 2 titres : (1) parce que la décision d’aujourd’hui n’est fondamentalement pas différente de celle qui a été prise quand ces emprunts ont été contractés, et (2) parce que le passé nous éclaire sur les fluctuations possibles des marchés financiers qui ont un impact décisifs sur le coût de ces emprunts.

La décision dDette toxiquee ce soir serait facile si nous étions capables de prédire l’avenir, par exemple l’avenir des taux de changes. Je ne dirai pas que je peux prédire l’avenir, mais je prétends qu’il est plus utile de regarder le passé que le présent pour avoir une idée de ce que peut être l’avenir. C’est comme pour la météo: connaître le temps d’aujourd’hui ne donne aucune indication pour prédire le temps au mois de juillet prochain, en revanche si on regarde la météo du mois de juillet des 10 ou 20 dernières années, je peux avoir une assez bonne idée sur la tendance générale.

Je ne sais pas quel sera le taux de change Euro/Francs suisse dans 10 ou 20 ans. Je prends ce taux de change pour exemple car c’est celui qui conditionne le taux d’intérêt d’un des emprunts les plus toxiques que nous ayons, et pour lequel le coût de sortie s’élève à 24M€, alors même que nous ne devons plus que 6M€ sur cet emprunt !

Ainsi, je ne sais pas quel sera le taux de change Euro/Francs-Suisse dans 10 ou 20 ans. En revanche, si je regarde ses fluctuations dans le passé, je constate qu’il y a des variations gigantesques. En 2007, le Francs suisse valait 60% de plus qu’en 1982. Donc si en 2007, on m’avait proposé de prendre un emprunt sur 25 ans dont le taux d’intérêt explose si le Franc-Suisse augmente de 60%, je crois que le simple regard sur les courbe de taux de change du passé m’aurait dissuadé de l’accepter, même en 2007, et sans être devin sur le taux de 2016. C’est d’ailleurs la recommandation qui avait été faite à cette époque par le cabinet de conseil financier auprès de la ville.

Je disais également qu’il est utile de regarder le passé car la décision d’aujourd’hui n’est fondamentalement pas différente de celle qui a été prise quand ces emprunts ont été contractés. La question de ce soir c’est « signez-vous à nouveau ces emprunts avec les risques associés, ou acceptez-vous de payer une pénalité pour ne plus avoir ces risques ».

Il ne faudrait pas croire que la décision de sortir des contrats de prêts structurés à risques est évidente: même avec l’aide de l’État, cette décision a un coût énorDette Toxiqueme : 17M€. 17M€ que nous paierons pendant de nombreuses années, et cela est particulièrement douloureux car ce sont 17M€ que les Villejuifois paieront pendant des années en échange de rien. Il ne faut pas confondre ces 17M€ avec la charge de la dette ou les intérêts des emprunts (il faudra aussi payer en plus les intérêts de la dette, mais ces intérêts sont différents des pénalités car les intérêts constituent le prix légitime à payer pour pouvoir réaliser aujourd’hui ce que nous paierons demain).

Ces 17M€ qui resteront à payer sous la forme d’indemnité de sortie constituent en quelque sorte ce que nous avons perdu dans le casino des marchés financiers. Acceptons-nous de les payer pour sortir du casino ? Ce n’est pas facile à décider, car on peut décider de rester dans le casino, ne pas payer les 17M€ d’indemnités de sortie et espérer des jours meilleurs sur les taux de change. Si nous restions dans le casino et que la chance tournait, nous serions gagnant : il suffirait que demain le taux de change Euro/Franc-Suisse revienne à celui de 2007, et la décision de garder ces emprunts nous coûterait beaucoup moins que 17 M€. Décision difficile.

Mais le passé nous éclaire. Même à 17M€, je crois qu’il est sage de ne pas avoir ses emprunts. Sortons du Casino où nous savons que nous pouvons perdre encore plus. Je souhaite que l’on ne renouvelle pas cette erreur de parier sur l’avenir dont on sait qu’il a peu de chance d’être facile. Même si la décision a un coût faramineux, le coût d’une erreur d’appréciation, j’espère que la sortie de ces emprunts toxiques sera votée très largement ce soir; au moins ce sera un signe que l’on peut apprendre du passé.

Je vous remercie pour votre attention »

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