Villejuif, quelle(s) réponse(s) face au climat d’insécurité actuel ?

Depuis plusieurs mois Villejuif est la cible d’incidents, exactions, incivilités, voire de faits criminels : après la jeune Aurélie, fin mai, deux agressions mortelles ont, coup sur coup, meurtri notre ville. A cela s’ajoutent de trop nombreuses dégradations de biens : voitures, commerces, y compris d’équipements publics tels les incendies ayant touché la Ludomobile ainsi que la piscine intercommunale Youri Gagarine.

Sans compter une multitude de faits plus mineurs mais néanmoins insupportables pour les habitants, les derniers en date étant les coups de feu tirés récemment dans le quartier Paul Eluard.

La violence criminelle semble s’être installée dans le quotidien de notre ville.

Le sentiment de dépit et de gâchis face à ces vies perdues et destructions matérielles s’impose. Les plus jeunes, notamment, se voient privés de possibilités de loisirs et d’accueil alors que les vacances d’été débutent. Au-delà, ce sont autant d’opportunités d’échanger, de créer des liens, de vivre la collectivité qui sont annihilées. La ville qui devrait nous rassembler se fragmente. Face à cela, la crainte, le malaise et la méfiance sont des sentiments tentants.

Le diagnostic local de sécurité (DLS) peut nous aider à éclairer notre ressenti actuel. Une bonne information sur la situation passée et présente est incontournable pour éviter les travers de la relativisation et de l’hystérisation du débat. Aussi, le groupe des élus VnV appelle à un partage de ce document par l’ensemble des membres du conseil.

Qu’y apprend-on? : En 2014, les violences non crapuleuses, vols avec violence (surtout), les actes de vandalisme sont plus fréquents à Villejuif que dans le reste du pays, de même que les infractions à la législation des stupéfiants. Néanmoins, nous serions en-dessous de la moyenne pour les faits de cambriolages, vols simples, violences sexuelles, vols de voitures et de deux roues. En outre, Villejuif n’aurait pas été plus impactée que le Kremlin-Bicêtre, Arcueil et Cachan par la délinquance en général.

De même, sur l’ensemble du territoire, et pour cette même année 2014, les trafics de stupéfiants, regroupements et nuisances, les occupations de halls d’immeubles, les actes d’incivilités et les violences étaient répandus au même niveau (sans que cela ne puisse pas être considéré comme bien trop élevé) que dans les communes limitrophes.

Alors, quelles sont les réponses adaptées ?

Les solutions dites « tout sécuritaire » seraient susceptibles de dissuader voire sanctionner de tels agissements : ainsi de la présence de forces de l’ordre en plus grand nombre avec la police municipale et un nouveau commissariat, la vidéosurveillance, des arrêtés de contrôle de la population.

La réaffirmation de la règle est un premier pas incontournable face à une situation qui se détériore manifestement. La loi, le droit sont le squelette de la société. Là où ils sont systématiquement bafoués, la civilisation et le contrat social sont remplacés par le chaos, le droit du plus fort, des injustices plus grandes encore que celles qui ont pu motiver les violences.

Des représentants légitimes de l’ordre public doivent donc réinvestir les espaces soumis aux désordres afin de rappeler à la loi, sanctionner ce qui doit l’être. L’ordre public est aujourd’hui atteint, un engrenage semble s’être déclenché. La réponse aux faits les plus graves doit donc être ferme, rapide et efficace, la juste sanction doit s’appliquer résolument.

Le groupe des élus VillejuifNOTREville considère que la présence accrue des forces nationales de police là où cela est nécessaire est urgente. La possibilité de la mise en place d’une zone de sécurité prioritaire doit être sérieusement étudiée puis relayée par le Maire auprès de l’État. Il faut prévenir dès maintenant l’aggravation potentielle du climat social.

Ces mesures qui n’auraient pas comme seul but de rassurer mais surtout de désamorcer une mécanique néfaste à l’œuvre, sont sans nul doute nécessaires.

Ces seules solutions doivent néanmoins être examinées avec la plus grande précaution.

En effet, le risque de contre-productivité de certaines de ces mesures ne doit pas être négligé.

Le verdict de la cour d’appel de Paris rendu voici quelques jours est parlant. Il aboutit en effet à la condamnation de l’Etat pour faute lourde pour délit de faciès. Ce type d’abus par trop toléré jusqu’à présent se trouve enfin reconnu et sanctionné. Il est légitime de considérer de telles pratiques comme une dérive liée aux réponses exclusivement sécuritaires. Elles s’avèrent d’autant plus répréhensibles qu’elles atteignent des populations, souvent des jeunes hommes, issues de milieux modestes et déjà discriminées du fait de leur capital socio-éducatif ou de leur ascendance ethnique.

De plus, ces réponses comportent l’inconvénient de s’articuler difficilement avec les idéaux d’équité et de justice, seuls à même de refonder la confiance dans les institutions et dans le contrat social actuellement fragilisé. Il ne faut pas perdre de vue qu’elles représentent un choix politique non anodin à l’heure où les ressources et moyens publics sont de plus en plus contraints.

Enfin, privilégier excessivement un type de réponse aboutit à déshabiller les mesures alternatives de prévention qui contribuent à construire sur la durée la cohésion sociale.

Pour toutes ces raisons, nous avons le devoir de résister aux réponses univoques et trop aisées.

Les élus de VillejuifNOTREville appellent à la recherche d’un dosage pertinent entre les différentes options :

Beaucoup présentent l’inconvénient de ne produire leurs effets qu’à long terme. Elles recouvrent la prévention, l’éducation, le réinvestissement des services publics locaux, la présence d’acteurs de médiation, la recréation de lien social au travers des politiques de jeunesse, culturelles, sportives, de solidarité, le tout appuyé sur les habitants et les acteurs aux faits des problématiques et des besoins propres de tel ou tel territoire de notre ville. Citons également les opérations d’aménagement et de rénovation urbaines.

Mais la prévention passe également par des rappels à l’ordre plus systématiques face aux incivilités du quotidien et aux petites infractions qui irritent et usent les habitants. Sur ces règles de vie communes, les forces de l’ordre n’ont ni le monopole ni la plus grande légitimité à agir. Aussi, les bailleurs, les médiateurs sociaux, éducateurs, associatifs doivent-ils être plus systématiquement saisis et investis de cette mission fondamentale de service public qui consiste en une mission de sensibilisation, voire d’éducation. Fondamentale car l’ordre public formant un tout, chaque petite brèche qui lui est faite accroît les chances de les voir se transformer en failles importantes et de moins en moins réversibles.

Par définition ces chemins sont laborieux et procèdent par tâtonnements et ajustements mais ils sont à même de répondre à des phénomènes plus complexes que les faits superficiellement relatés par les médias. Tous les faits dénoncés de criminalité, de délinquance et d’incivilité ne sont pas attribuables à des causes et des groupes sociaux identiques.

Aussi, des réponses standardisées et faites du seul bloc sécuritaire seront insuffisantes, voire pourraient aboutir à l’inverse de l’effet recherché.

Aussi, même si le sentiment d’inquiétude et la détérioration de l’ordre public à l’œuvre peuvent et doivent nous pousser à réclamer des solutions urgentes, les élus responsables que nous sommes se positionnent pour allier aux différentes mesures l’amélioration du dialogue et la prise en compte de l’expertise des acteurs locaux.

Le tout doit servir de base à une offensive des services publics sur les territoires et auprès des populations qui en ont le plus besoin.

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